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Référendum sur la Constitution européenne
Le « non » des Français devrait inspirer les Burkinabè
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Le Président africain le plus heureux après l’annonce des résultats du référendum sur la constitution européenne devait être sans conteste Laurent Gbagbo. Jacques Chirac qui tente de lui imposer une démarche afin de sortir la Côte d’Ivoire de la situation de guerre n’est pas un président voulu par les citoyens français. Il n’est même pas capable de faire voter un traité sur la constitution européenne. Trois principales leçons se dégagent de cette élection.
Le raz-de-bol des Français
Les Français se sont rachétés lors du référendum de dimanche 29 mai 2005. En avril 2002, ils avaient voté massivement Chirac (80 %) afin de barrer la route de la présidence à Jean-Marie Le Pen. Chirac, ce président « mal élu » en demandant aux Français de ratifier la constitution européenne a été largement désavoué. Le NON des Français est un NON de rejet de tous ces électeurs déçus de 2002 qui ont aussitôt saisi l’occasion des élections qui en ont suivi pour exprimer leur opposition à la présence de Chirac à l’Elysée, ainsi que de tous les hommes qui composent l’équipe gouvernementale. Ce résultat traduit le malaise social qui existe en France. Selon les statistiques des votes rapportées par Radio France Internationale (RFI), le vote massif des Français « d’en bas » a pesé pour le NON. Il s’agit des ruraux, des ouvriers, des agriculteurs, des artisants, des employés, des professions intermédiaires, les plus nombreux dans la République. Ceux qui sont confrontés au chômage, à la précarité des emplois, à la pauvreté ont exprimé leur raz-le-bol à travers ce vote sanction. On recrute les fervents défenseurs de la constitution parmi une minorité de Français composés de citadins, de personnes âgées, des professions libérales et des cadres suppérieurs. Le mythe de Chirac le donneur de leçons est tombé. La France démocratique a triomphé sur lui en réservant une victoire éclatante du NON au référendum de dimanche 29 mai 2005. En réalité, les Français n’ont pas voté contre la constitution européenne. Ils ont plutôt voté contre Jacques Chirac.
Plus de lecons de démocratie à recevoir de Chirac
Quel chef d’Etat africain se précipitera-t-il encore chez un président désavoué par ses concitoyens pour lui demander des conseils de gouvernance ou de démocratie ? Chirac a beau sacrifier son premier ministre, il lui serait difficile de reconquérir la confiance des Français qui du reste ne sont pas préparés pour l’Europe. Beaucoup ne compennent rien à ce regroupement. La présence de la France dans l’Union et le rôle qu’elle entend y jouer n’est pas suffisament appréhendée par tous. La France qui se trouve coincée dans le concert des nations n’est qu’une petite voix qui ne représente rien devant les grandes puissances comme les Etats-Unis. Nous avons en mémoire ses prises de positions sur le dossier irakien. Chirac qui contrôle déjà une partie de Afrique veut donner à la France une considération mondiale. Il compte user de l’Union Européenne pour constituer un contre poids à l’hégémonie américaine. On imagime aisement l’état de choc dans lequel tous les autres présidents des pays de l’Union se trouvent après l’annonce du résultat.
Les Burkinabè devraient s’inspirer de l’exemple français
Les électeurs français viennent de donner une leçon de démocratie à leurs pairs africains par ce vote sanction. En 2002, ils ont compris que l’abstention avait plutôt arrangé Jacques Chirac. Cette fois-ci, ils se sont mobilisés pour voter contre la constitution pour montrer à Chirac leur hostilité.
Le 13 novembre prochain, les électeurs burkinabè sont invités à choisir un Président parmi au moins une dizaine de candidats issus de tous les bords politiques. La seule voie pour accéder au fauteuil présidentiel demeure le verdict des urnes et l’opposition qui a longtemps pratiqué la politique de la chaise vide a enfin compris qu’elle ne profitait qu’au CDP seul. Elle s’engage dans cette élection avec des candidatures. Seulement, elle doit surmonter un préjugé largement partagé chez la majorité des Burkinabè selon laquelle « le jeu est déjà fait ; élection ou pas élection, le candidat CDP sera vainqueur ». Ce préjugé a été un obstacle dans la mobilisation des électeurs durant le mois des inscriptions sur les listes électorales. Malgré les mulitiples appels de la presse en direction de l’opposition lui faisant remarquer que les résultats de l’élection se jouent à partir de l’étape de l’inscription, rien ne fit. Chacun avec ses stratégies. Mais l’oppostion dans son ensemble devrait s’inspirer de l’exemple français pour cette élection pour convaincre l’électorat que la meilleure manière de désavouer un gouvernement, c’est de voter contre ses hommes. Mais ils sont nombreux les Burkinabè qui ne comprennent pas l’enjeu de leur voix le jour de l’élection. Ils ne savent pas que la sanction infligée à un gouvernement se trouve au bout du bulletin de vote. Beaucoup de personnes qui espèrent le changement ne savent pas qu’il peut et doit venir des résultats des votes. Les partis politiques de l’opposition pour cette élection auront une double tâche : sensibiliser les électeurs sur les enjeux de leur vote et convaincre l’électorat de les voter.
Cet électorat doit se recruter comme en France dans le milieu rural, les ouvriers, la masse de citoyens (travailleurs, commerçants, le secteur informel) qui subissent chaque jour le poids de la vie, contraint aux sacrifices quotidiens pour financer le train de vie d’une minorité au sommet de l’Etat. Aussi, cet électorat est constitué de cette population jeune confrontée à la pauvreté et au chômage à cause de la corruption et du favoritisme érigés comme critères de sélection lors des recrutements. Cet électorat qui constitue la majorité des Burkinabè, s’il est conscient de faire changer les choses le peut réellement puisque l’informatisation des listes électorales et la mise en retrait de l’administration dans l’organisation des élections peuvent conduire à une élection transparente.
L’analphabétisme démocratique des électeurs est un des principaux socles des pouvoirs à vie en Afrique. Sinon, comment comprendre que des localités du Burkina qui s’apprauvrissent de jour en jour organisent des marches meeting de soutien à la candidature de Blaise Compaoré qui pendant ces deux mandats n’a rien fait pour elles ? Le cas le plus fragrant a été démontré lors de la rencontre des personnes issues du secteur informel du CDP. Des participants venus de Fada et de Boulsa ont exposé une liste de doléances (transport, téléphonie mobile, etc.) auxquelles les gouvernements qui se sont succédés n’ont jamais apporté une solution. Le CDP a pris note et fera de ces doléances un thème de campagne dans ses localités. On imagine aisément les termes qui seront utilisés : « si vous nous votez, nous vous promettons des routes, le télephone, l’eau, des CSPS, des écoles les maisons de la femme et des jeunesse etc. ». L’analphabétisme aidant, les populations ne sont pas en mesure de savoir qu’elles ont droit à ces infrastructures communautaires que l’on présente comme le fruit de la générosité du Président.
Si les Français ont voté massivement contre la constitution européenne pour sanctionner leur Président, c’est parce qu’ils ont une culture démocratique très élevée. Au Burkina, la formation civique et démocratique doit s’inscrire dans les activités des partis politiques surtout d’opposition afin que le pays dispose de personnes qui participent de manière citoyenne à l’animation de la vie politique. La culture démocratique à la française est le seul moyen pour les partis politiques de l’opposition d’apporter l’alternance au Burkina.
Bary Raoul
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