Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Point de mire
 

TRAITEMENT DE L’ INFORMATION ELECTORALE

Désordre politique, dérives médiatiques

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Le CSI estime qu’il est injuste de le tenir responsable des discriminations faites à certains acteurs dans les médias publics”. L’instance de régulation de l’information et de la communication se démarque de la campagne présidentielle lancée en dehors du cadre réglementaire. Des questions restent toujours sans réponses. Que peut faire le Conseil supérieur de l’information quand les médias publics se confondent aux médias de propagande en dehors de la pré-campagne ? Pourquoi les directeurs des médias publics éprouvent-ils des difficultés à respecter l’équilibre de l’information ? Dans leur sortie médiatique du 31 mai 2005 le ministre de l’information Joseph Kahoun et le président du Conseil supérieur de l’information, Luc Adolphe Tiao posent le problème sans donner des réponses précises. On demande aux médias publics de faire un effort dans l’équilibre du traitement de l’information politique électorale.

Le malaise

Malgré l’ambiance détendue durant le point de presse sur ce que nous qualifions le « procès des médias publics », reste le malaise entier. Le président du Conseil supérieur de l’information, ancien journaliste, Luc Adolphe Tiao refuse les allégations de complicité ou de responsable de la campagne médiatique organisée en faveur de Blaise Compaoré. Il dit avoir attiré l’attention des directeurs de médias au mois de février dernier. Cela n’a pas empêché la propagande politique du parti au pouvoir. En d’autres termes, l’instance de régulation est impuissante devant un marketing politique en période hors élection. Le déséquilibre de l’information ou de propagande constaté ne peut s’analyser en dehors de l’évolution de la politique nationale. Pour une première fois dans l’histoire de la quatrième République, l’élection présidentielle connaît un enjeu particulier. Tous les poids lourds, moyens et légers vont à la conquête du seul fauteuil occupé depuis longtemps par Blaise Compaoré. Finie la période du candidat unique ou candidat vainqueur à l’avance avec des aides candidats. Le président, sortant Blaise Compaoré va affronter des candidats sérieux de l’opposition burkinabè, malheureusement très dispersés. Pour assurer son éventuelle réélection, sa direction de campagne sonne le grand rassemblement avec comme cheville ouvrière officielle les Amis de Blaise Compaoré. Leur candidat avait affirmé qu’il est content de savoir que dans les provinces ses actions sont bien accueillies, il fallait trouver des supports pour assurer une grande visibilité des échos de provinces. Le président du Conseil supérieur de l’information, Luc Adolphe Tiao clame la bonne foi de son institution en cette veille de l’élection présidentielle du 13 novembre 2005. Son approche s’appuie sur les principes de la pédagogie et de la concertation avec les professionnels des médias pour assurer l’équilibre de l’information dans la presse burkinabè. L’interpellation du Conseil supérieur de l’information par certains partis politiques de l’opposition et d’une certaine opinion publique met en exergue la situation réelle de nombreuses institutions de notre pays. Les lois existent. Les textes pour accompagner les dispositions juridiques sont inexistants. Il y a blocage ailleurs. Cela donne des marges de manœuvre à l’exécutif burkinabè. Le Conseil supérieur de l’information se débat dans ces labyrinthes. A qui la faute ?

Non-respect du calendrier électoral

Le manque du respect du calendrier électoral par certains acteurs politiques entraîne forcément un désordre dans l’espace médiatique. Il faut répondre au droit à l’information et se soucier de l’équilibre dans le traitement de l’information électorale. L’offre propagandiste assimilée à une campagne d’information des Amis de Blaise Compaoré a surpris une partie de la classe burkinabè surtout celle de l’opposition. Les médias constituent ce pouvoir que toute force politique souhaite contrôler ou l’avoir à ses services. La qualité des médias est intimement liée à leur indépendance financière, à la qualité des ressources humaines et au niveau démocratique du pays. Le déséquilibre de l’information constaté dans certains médias burkinabè pose le problème de la capacité des médias à résister aux manipulations des acteurs politiques à l’orée des élections présidentielle et municipales. Le sujet qui semble tabou dans le déséquilibre de l’information est l’indépendance des directions des médias publics vis-à-vis des tenants de l’appareil. Un employé au nom du respect de la déontologie, de l’éthique peut-il refuser de rendre service à son employeur ? Il est difficile de répondre par l’affirmative dans le contexte actuel de notre pays. Si un directeur ou un journaliste ose ramer à contre courant de la volonté du pouvoir établi, il a de fortes chances de se retrouver loin de la plume, du son et des images. C’est triste. Mais c’est la triste réalité de notre pays. Chaque pays mérite sa presse. Quand les politiques perçoivent le quatrième pouvoir comme un simple instrument d’accompagnement de leur ascension politique sans trop se soucier de la création d’un environnement pour un plein épanouissement, ils ne peuvent vivre que du déséquilibre de l’information pendant les périodes des grands échanges électoraux. Cependant, cela ne saurait excuser les médias qui foulent au pied les fondements de notre métier. Le déséquilibre de l’information ou de la propagande est entretenu par une partie de la classe politique burkinabè, notamment la majorité au pouvoir. Cependant, lorsque l’opposition burkinabè crie au scandale dans le traitement de l’information électorale, nous nous posons cette question : « Qu’a-t-elle proposé pour assainir les conditions d’indépendance de la presse burkinabè ? » Sans une presse libre, des journalistes totalement libérés des pressions des hommes politiques et un organe de régulation disposant des textes d’application des lois, chaque désordre politique entraîne des dérives médiatiques.

Joël Tourré
 

 
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