Numéro 886 du mardi 31 août 2010
01 BP 5663 ouagadougou 01
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Point de mire
 

Douanes Ouaga

Démantèlement d’un vaste réseau de malversation

Erreur : filtre « justifier » non défini (...)

Une nouvelle fraude douanière vient d’être détectée dans trois bureaux de douanes à Ouagadougou. Il s’agit des bureaux de Ouagadougou aéroport, Ouaga-inter et Ouaga-gare. Exécutée par des « spécialistes » en informatique et cela depuis l’informatisation des bureaux de douanes, elle consiste en une destruction des fichiers informatiques de certaines déclarations douanières. Or selon nos sources d’information, seules les déclarations informatisées sont prises en compte. Comme on le voit, les méthodes de détournement s’affinent avec l’informatisation des bureaux de douanes ce qui oblige les fraudeurs à redoubler d’ingéniosité dans les méthodes de vols. Le service des douanes de l’aéroport international de Ouagadougou vient de mettre la main sur quatre individus impliqués dans ce réseau de malfrats qui écumait scientifiquement les bureaux des douanes. Parmi eux, une dame, douanière en service à l’aéroport, une des « surdouées » en informatique qui détient les mots de passe de certains de ses collègues. Le manège consisterait à ouvrir le compte de ses collègues, y extraire de grosses déclarations et à les faire disparaître. Il semble que certains membres du réseau, notamment la dame en question, auraient déjà commencé à rembourser certaines sommes détournées. Mais pourront-ils le faire intégralement au regard des montants emportés ? Si l’informatisation des déclarations douanières censée être une solution devant faciliter ces opérations devient une source d’enrichissement illicite, quel système faudrait-il alors utiliser pour permettre au service des douanes de bien fonctionner ?

Les recettes en chute libre

L’information circule depuis longtemps dans les milieux douaniers. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’opération de racket des usagers qui consiste à faire passer leurs marchandises et recevoir « quelque chose » en contrepartie. A l’aéroport international de Ouagadougou, il semblerait que ce genre de « deal » est presque impossible à l’heure actuelle avec le nouveau chef qui est arrivé cette année. C’est le genre d’homme intègre dont le seul souci serait de renflouer les caisses de l’Etat et de faire proprement son travail. Celui qu’il a remplacé a dû perdre son poste, non pas par excès de « gombos frais » mais ce chef, un certain Kohio, était un homme « sensible » avec un grand cœur qui « comprenait » certains usagers. Malgré tout, il arrivait à faire entrer dans les caisses de l’Etat autour de 900 millions de francs par mois. On a pensé que quelqu’un d’autre peut faire mieux que lui, d’où son remplacement. Seulement depuis l’arrivée du nouveau chef, ce bureau de douanes est en perte de vitesse, caracolant entre quatre cent millions et cinq cent millions de francs par mois nettement en deçà des performances des années passées. Pourtant, le flux des importations n’a pas baissé à l’aéroport de Ouagadougou. Mieux, toutes les opérations de dédouanement se déroulent normalement comme par le passé. Il fallait donc rechercher les causes de cette dégringolade des recettes. Dans ce même bureau travaille cette dame en question qui a terminé ses trois ans à son poste et qui a reçu une affectation régulière pour un autre bureau de douanes. Mais elle se serait battue des pieds et des mains pour y rester sans que certains ne comprennent pourquoi. Ils viennent de s’en rendre compte. Elle était assise sur un système maffieux pour se faire de l’argent sur le dos de l’Etat.

Changements de poste comme sanctions

Un système qu’elle croyait infaillible puisqu’elle faisait disparaître certaines grosses déclarations dans le circuit informatique. Elle les jetait tranquillement à la poubelle puis vidait la poubelle. Elle ne se doutait pas q’un autre système de récupération des fichiers informatiques était possible. Et c’est celui-ci qui aurait permis de constater les dégâts. Face à un aussi grave crime économique, les sanctions tardent à tomber. Et d’aucuns se demandent pourquoi. Les quatre douaniers de Ouaga-Aéroport impliqués dans cette malversation auraient simplement reçu des affections pour rejoindre la direction générale. est-ce sérieux ? Un autre douanier impliqué dans le système maffieux et qui était à Ouaga gare aurait également été muté, ainsi que deux autres qui étaient à la direction de l’informatique. Il est impératif que tous les bureaux de douanes informatisés à travers le pays subissent un contrôle strict pour voir si d’autres petits malins à l’instar de ceux de Ouagadougou ne se livrent pas à ce genre de pratiques. Ce serait vraiment la catastrophe quand on sait que la fiscalité de porte constitue une part très importante du budget national. Si des sanctions ne sont pas à la hauteur des forfaits commis, il est clair que certains douaniers auront le culot de récidiver. On a trop longtemps encouragé l’impunité dans ce pays, il faut bien que ça s’arrête un jour. Certains Etats africains qui ploient actuellement sous le poids des difficultés économiques de toutes sortes sont passés par là. Il n’y avait sans doute personne pour tirer la sonnette d’alarme. On a fermé les yeux dessus et voici les résultats. De simples changements de postes ne peuvent pas être la sanction pour une faute aussi lourde. C’est du vol pur et simple quelle que soit la manière. Il faut non seulement sanctionner, mais mettre les garde-fous nécessaires pour que ce genre de détournements ne se répètent plus jamais. A moins que les plus hautes autorités douanières ne soient également dans le réseau. Le mardi 31 mai, nous avons tenté à deux reprises de rencontrer le Directeur général des douanes pour d’une part vérifier ces informations reçues de sources dignes de foi, mais également échanger avec lui sur d’autres sujets. Mais dans le bureau du DG, n’est pas le premier reçu celui qui arrive le premier. Ce sont les dames d’abord, même si elles sont venues trouver des gens qui attendent, ensuite il a reçu un député qui venait également d’arriver. C’est comme ça le Burkina Faso de Blaise Compaoré. Et un pauvre journaliste n’y pourra rien. Absolument rien. Il peut mourir d’aigreur, il ne changera rien.

Michel Zoungrana
 

 
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