Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Focus
 

DEBAT DEMOCRATIQUE

Absence excusée ou indifférence du collectif ?

Erreur : filtre « justifier » non défini (...)

On pourrait au moins rappeler quelques raisons de la création et de l’existence du CODMPP : la lumière la justice sur le crime de Sapouy et les autres crimes, le respect des droits humains, la justice, les libertés, la démocratie tout court. En effet, certains avaient eu l’intelligence de résumer tout à travers cette phrase : « rien ne sera comme avant » : Quatre années durant, les uns et les autres se sont attelés, d’où ce que les observateurs ont appelé « avancée démocratique ». Pourtant, ce n’était qu’un leurre. Depuis 2002, le Collectif piégé par le temps et la ruse du régime, n’a plus de force de frappe. Aujourd’hui, il subit volontairement ou involontairement le débat politique. Une chose impensable, il y a quelques années.

Le Collectif contre l’impunité absent du débat politique.

L’une de ses dernières interventions dans le débat politique a concerné sa prise de position sur la présumée tentative de coup d’Etat en mars 2004. Il ne fait plus la Une de l’actualité, donc il ne constitue plus ni un contre-pouvoir, ni une menace pour le régime du président Compaoré. Il faut avoir l’humilité de reconnaître qu’avec l’usure du temps, le Collectif se fait de plus en plus oublier. Quelles explications peut-on donner à cela pendant que le débat politique est désagréable ? Comment le Collectif contre l’impunité peut-il s’auto-exclure du débat démocratique qui a valu son qualificatif à travers sa lutte ? Pourquoi feint-il d’ignorer les sujets sur la candidature de Blaise Compaoré, la révision du code électoral, etc. ? Ce sont autant d’interrogations et d’inquiétudes que soulèvent les militants du Collectif au détour d’une causerie. De nos jours, il y aurait de réels problèmes organisationnels qui justifieraient le silence ou la léthargie du Collectif. En effet, on a entendu dire que les responsables du Collectif n’arrivaient plus à tenir une réunion parce que les partis politiques ne venaient plus. Ils devraient avoir leur raison. Ils ne se sont pas encore remis du différend des législatives de mai 2002. Aussi, la sortie hasardeuse du président du Collectif sur la possibilité de la candidature de Blaise Compaoré n’est-elle pas venue compliquer davantage les choses. Certains responsables de partis ont maintenant un calendrier chargé à cause des échéances électorales. Si le Collectif se trouve dans l’incapacité de réunir ses membres, c’est qu’il n’y a plus rien à défendre. Pourtant, sa plate-forme plusieurs fois réactualisée est toujours en l’état. Quels que soient les problèmes du Collectif (choses non reconnues), il ne devrait pas manquer de stratèges et de stratégies. Du moment où les responsables disaient aux militants que le pouvoir ne les auraient pas avec le temps. Mais la réalité est là et incontournable. Malgré tout ce silence, certains n’ont jamais voulu que l’on dise qu’on n’entend plus le Collectif.

Si le Collectif existe toujours...

Le fait que les partis politiques ne viennent pas aux réunions ne devraient pas poser de problèmes parce que sur une « soixantaine de membres qui composent la structure », si une dizaine s’absente, cela ne devrait pas bloquer le fonctionnement du Collectif. Sauf si les absents sont très représentatifs. Pourtant, les années durant, les partis politiques ont été toujours présentés comme étant les moins représentatifs. C’est pourquoi, au nom des idéaux qui ont justifié la création du mouvement au départ, le Collectif (s’il existe toujours) devrait continuer le combat qui lui a permis d’inscrire son nom en lettres d’or dans les annales de l’histoire du Burkina. De ce fait, son combat aurait servi à quoi si le débat démocratique encore laissé dans les mains des mêmes acteurs politiques qui par les agissements ont plongé le pays dans la crise. Faut-il encore croiser les bras et laisser le Congrès pour la démocratie et le Progrès (CDP) orienter le débat politique à sa guise ? Faut-il se taire face à l’imposition de la candidature de Blaise Compaoré ? Alors l’éveil des consciences des masses dont se prévaut le Collectif aurait servi à quoi si le régime continue de marcher sur les droits des citoyens ? Ce qui est au moins sûr si réellement les uns et autres disent poursuivre les oeuvres de Norbert Zongo, lui était farouchement contre la monarchie que le président Compaoré tente d’installer au Burkina. Par conséquent, le Collectif contre l’impunité (s’il existe toujours), devrait se prononcer sur la candidature de Blaise Compaoré. Il a les ressources humaines nécessaires (hommes de droit) pour trancher sur la question. Cette position fera oeuvre utile aux militants et à la Nation entière. On a l’impression que la question ne trouble pas le sommeil de certains responsables du mouvement. On pourrait banaliser la question aujourd’hui parce qu’on ne veut pas avoir à faire au régime. Mais on aura assisté par une neutralité coupable au énième viol de la Constitution. Pourtant, les militants du Collectif ont juré la main sur le coeur que « rien ne sera comme avant ». Avant c’était le viol permanent de la Constitution qui a conduit le pays là où on sait. Alors le silence des gens bien est constaté dans le débat politique actuel, surtout sur la candidature de Blaise Compaoré. Un rappel. Quand le Collectif accusait le régime d’assassinats et de crimes économiques impunis, en réplique, des voix ont reconnu à la Journée du pardon que c’est parce que tout le monde avait laissé faire que cela s’est produit. Mais quand on observe les marches pour la candidature de Blaise Compaoré, les bonnets rouges et les religieux rivalisent par leur présence. C’est le même comportement qu’ils ont eu avant décembre 1998. Ce qui signifie qu’ils n’ont pas tiré les leçons du passé. Contrairement à eux, les militants du Collectif prétendus comme des gens bien vont-ils se terrer pour laisser faire ? Le débat politique actuel est dans sa laideur la plus indescriptible. Ceux qui ne se disent pas politiciens, semblent se tenir à l’écart des débats démocratiques dont les travers et les revers s’appliqueront à tous. Et le bal des critiques va commencer comme si on était absent du pays. On a fait le constat qu’en matière d’analyse des situations des autres pays (Togo, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Tchad, etc.) les Burkinabè s’illustrent brillamment pour parler de leurs dictatures naissantes ou existantes. Mais quand il s’agit de leur propre pays, les mots manquent, on refuse de voir. Tout le monde connaît la finalité de tels comportements. En attendant de s’ériger en donneurs de leçons, en critiques politiques demain, le Collectif contre l’impunité pourrait arbitrer et réguler le jeu démocratique par une contribution citoyenne, comme il le faisait il n’y a pas longtemps.

Nabi Youssfou
 

 
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