Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Focus
 

CORRUPTION DANS LA JUSTICE

Que peut faire Blaise Compaoré contre les juges corrompus ?

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La problématique de la corruption ne se trouve ni dans la minorité ni la majorité du phénomène dans l’appareil judiciaire. Un juge corrompu décide toujours en toute impunité au mépris des lois. En absence de clause de conscience, l’essentiel de son pouvoir de magistrat réside dans le pouvoir financier des justiciables. Les citoyens riches sont presque sûrs de gagner le procès. Pourquoi alors confier son sort à une justice où certains juges jouent aux dealers ? A la veille de l’annonce officielle de sa candidature pour l’élection présidentielle du 13 novembre 2005, le président du Faso, Blaise Compaoré trouve là une opportunité de prouver au peuple burkinabè qu’il ne protège pas les juges corrompus. S’il rate le cap, il légalisera les pratiques maffieuses dans le rang des toges noires. Dans ces conditions, une crise de confiance s’installera entre les justiciers et les justiciables. Pourtant, le contexte se prête pour donner un coup de pied dans la fourmilière. L’exemple de la radiation de certains membres de l’ordre des avocats donne la voie à suivre pour sauver l’institution judiciaire. L’une des rares fois que le premier magistrat du Burkina Faso et sa cour du Conseil supérieur de la magistrature mettent l’intérêt supérieur de la justice au- dessus de la protection des juges indélicats.

L’existence des juges corrompus

Après la confirmation de l’existence des « juges acquis » par le ministre Boureima Badini, c’est au Conseil supérieur de la magistrature, présidé par Blaise Compaoré de dire publiquement l’existence des juges corrompus dans l’appareil judiciaire burkinabè. Le mérite de ces deux sorties médiatiques est la reconnaissance officielle des pots de vin, des rackets et de l’affairisme dans les palais de justice. La deuxième satisfaction découle du rapport confidentiel. Le président du Faso, Blaise Compaoré connaît les juges indélicats et les juges corrompus le connaissent. Deux attitudes se présentent au président du Faso. Il peut ordonner des mesures réglementaires et disciplinaires pour rappeler que la loi s’impose à tous. C’est l’option judiciaire. Il peut recourir à la voie la moins recommandée du chantage politique. Dans ce cas, il évolue avec le règne des « juges acquis ». Le chef de l’Etat devient un président acquis pour l’impunité et l’injustice. On quitte alors la République pour descendre dans une république bananière. Si le dossier des juges corrompus ne gagne pas un traitement diligent, il sera préférable de rattacher le ministère de la justice à la présidence du Faso. Cela nous éviterait de polémiquer sur l’indépendance de la justice. Ce qui se passe dans la justice burkinabè est très étonnant. Comment dans un pays des hommes intègres, on trouve des juges corrompus dans les palais de justice ? Chaque magistrat déclare pendant son serment : « je jure et promets de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder le secret des délibérations et de ma conduire en tout en digne et loyal magistrat ». Pour la « minorité » de magistrats corrompus, ce serment est une récitation pour amuser la galerie. Sans une intégrité du juge, cet engagement judiciaire perd sa qualité de refuge du citoyen, de sanctuaire de la confiance et de la sécurité des Burkinabè. On peut comprendre que certains corps de métier traînent des brebis galeuses. Mais on peut accepter au Burkina Faso l’existence des juges corrompus. La patrie de l’homme intègre nous l’interdit. Les dispositions réglementaires et disciplinaires proscrivent des actions corruptrices.

Appliquer la loi

Le président du Faso, Blaise Compaoré se trouve dans une situation inconfortable. Il a laissé trop de crimes politique économique et de sang impunis. Certains juges corrompus s’adossent sur des dossiers pendants. La formule est connue : « si on nous lâche, on tombe ensemble ». Les juges corrompus ne se recrutent pas dans les premiers magistrats venus. Ils font partie du système politique. S’attaquer à eux, c’est certainement affaiblir le pouvoir de Blaise Compaoré. Pourtant, l’Etat de droit oblige un toilettage de la justice burkinabè. Combien de dossier de crimes économiques et politiques sont entre les magistrats indexés aujourd’hui par le comité d’étude sur le phénomène de la corruption dans notre justice ? Les recommandations du Conseil supérieur de la magistrature vont rester vaines si elles n’emboîtent pas les pas de l’ordre des avocats. Aucune loi n’autorise les pots de vin, les rackets, la petite ou la grande corruption dans l’appareil judiciaire. A chaque infraction, le législateur a prévu des sanctions. Il suffit d’appliquer les textes qui régissent le fonctionnement de la justice pour juguler le phénomène de la corruption. Le phénomène prend des proportions inquiétantes à cause du laxisme administratif. Les juges qui brillent dans les actes de corruption sont promus à des grades supérieurs. Le patron ne se prie pas pour tremper la main dans l’argent sale. Les agents imitent le mauvais exemple du patron. La corruption s’entretient dans l’appareil judiciaire. Tout sauf, le dénouement financier peut expliquer la corruption des juges. Ils font partie des privilégiés de la fonction publique. Ce qui nous fait dire que la petite ou la grande corruption dans les palais de justice de notre pays fait partie du système de gestion politique, économique publique....Si le président du Faso, Blaise Compaoré ne prend pas ses responsabilités devant les juges corrompus, il va conduire le pays dans un chaos.

Joël Tourré
 

 
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