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Politiciens burkinabe
Bâtisseurs ou casseurs ?
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Le 1er mai 2005, nous étions à Kombissiri, à une messe célébrée à l’occasion de la fête patronale de la paroisse de la ville. Nous étions en compagnie d’un ami qui a demandé une messe à l’intention de sa mère décédée une année plus tôt. Au cours de l’office, le curé s’est adressé aux natifs de Kombissiri, les « « tenga koamba » » venus de Ouagadougou, d’autres villes et d’ailleurs en les invitant à l’union pour bâtir leur cité.
L’appel aux filles et fils de Kombissiri a été lancé au moment où s’affrontaient à Gourcy, dans le Zondoma, les militants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), et les Amis de Blaise Compaoré (ABC), les « « militants en herbe » » du CDP. Les uns, les ABC obéissent au doigt et à l’œil au frère cadet du député Tahéré Ouédraogo. Tahéré fut l’ancien secrétaire général du CDP au niveau provincial, il est l’actuel coordonnateur des ABC dans le Zondoma. Les autres, les militants CDP jurent par Mandé Issouf Baba, l’actuel secrétaire provincial du CDP. Ces dreniers ont installé leur quartier général dans une habitation appartenant à un ancien ministre, Raogo Antoine Sawadogo.
Le cas de Gourcy est loin d’être isolé. Dans de nombreuses autres localités, des populations qui vivaient naguère en bonne harmonie se regardent aujourd’hui en chiens de faïence parce que des hommes politiques les ont dressées les unes contre les autres. Des populations dont les enfants se mariaient naguère entre eux ne se fréquentent plus, tout simplement parce que leurs fils ne sont pas du même parti politique. Des familles qui vivaient en bonne intelligence, dans l’entente et la concorde depuis des générations, cultivaient ensemble leurs champs sont aujourd’hui opposées au motif que leurs fils à Ouagadougou sont des opposants politiques. Des hommes qui ont grandi ensemble, qui ont barbotté dans les mares du village, se sont disputés les premières grappes de raisin à peine mûres sont devenus des adversaires inconciliables à cause de la politique ou d’un homme politique.
Ces situations déplorables posent la question de la mission des hommes politiques et des intellectuels dans la vie de nos villages et partant le développement du Burkina Faso. La situation devient plus complexe quand des parvenus politiques revendiquent le titre d’intellectuels. C’est pourquoi ici, le terme « « intellectuel » » désigne aussi bien les intellectuels, ceux qui se présument tels et les parvenus politiques qui se disent incontournables dans la résolution de questions relatives à leur terroir. Nous les désignerons parfois sous le vocable d’« « enfants du terroir » ». En réalité, tous ces hommes sont devenus un épouvantail pour les populations et pour les fonctionnaires locaux qui ont le défaut ou le courage d’afficher leur différence politique et idéologique.
Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ceux que les gens restés au village appellent les « « éclairés » », ceux qui ont des « « yeux » », c’est-à-dire les intellectuels et les hommes qui se réclament tels. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ces hommes qui possèdent le « « grand savoir » » : leurs veuleries, leurs couardises, leurs compromissions, leurs trahisons, etc. Des hommes qui se taisent quand ils doivent parler et qui parlent au moment où leur silence serait bénéfique. On a stigmatisé leurs comportements néfastes dans l’évolution des sociétés africaines modernes. Ces enfants du terroir ou « « tenga koamba » » en pays moaaga n’ont pas toujours fait la joie dans les villes et villages du Burkina. Tout un chacun se rappelle cette marche du Collectif des organisations démocratiques de masse et des partis politiques contre l’impunité de 2000. Cette marche a été largement suivie sur l’ensemble du territoire national. A la suite de cette manifestation, les délégations dépêchées dans les provinces et les départements, ou des hommes qui s’étaient autosaisis ont incité des populations à déclencher une chasse à l’homme contre les militants du Collectif. Pour la première fois, des chefs coutumiers qui ne faisaient qu’obéir à des mots d’ordre ont prononcé des « « fatoua » » contre des fonctionnaires exerçant dans leur ressort territorial en leur disant « « d’aller semer le désordre chez eux ». » Entendez par là qu’ils sont des étrangers. Ils furent nombreux les fonctionnaitres qui ont été chassés de leurs postes et de leurs logements au motif qu’ils ne sont pas natifs de leurs lieux d’affectation. Des intellectuels et des parvenus politiques rivalisèrent de zèle et de cruauté à cette occasion. Ils inventèrent pour la première fois le monstre de la xénophobie.
Dans de nombreux cas, les « « tenga koamba » » ont supplanté le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat pour exiger l’affectation d’un fonctionnaire “« pour mauvaise manière de servir” ». Leur intrusion dans le fonctionnement de l’administration locale fut cause de nombreux dégâts. L’instituetur, l’infirmier, la sage-femme, le préfet, etc. dont ils ont demandé et obtenu le départ parce qu’il travaillerait contre le parti, n’a pas été remplacé de sitôt. Des classes restèrent sans maîtres et sans professeurs du fait de cet aveuglement politique. Les populations, lasses de leurs multiples retournements de veste et leurs enfants payèrent cette intolérance. On ne peut pas nier à ces « « tenga koamba » » un droit de regard sur la marche de l’administration de leur département ou de leur province. Mais en aucun cas, ils ne doivent passer par dessus le Gouverneur, le Haut commissaire, le Préfet et les directions techniques régionales telles que les inspections d’enseignement pour demander l’affectation d’un fonctionnaire de l’Etat, parce qu’ils sont influents au niveau du bureau politique du parti au pouvoir.
Les scissions, les recompositions, les déchirures et les regroupements qui s’opèrent dans les partis et au sein des partis sont l’œuvre des gens du « « grand savoir » ». Dans tous les partis à l’exception du CDP du PDP/PS, ils remuent ciel et terre pour être placés à la tête. Histoire de bien se positionner et tant qu’ils ne sont pas satisfaits, ils sont prêts à casser les formations politiques. Dans leur longue et interminable errance politique, ils entraînent des populations malgré elles. Ces dernières, fatiguées de leurs multiples turpitudes finissent pas se faire fabriquer plusieurs casquettes qu’elles utilisent au gré des situations. Il arrive finalement que des hommes, leurs plus proches collaborateurs les lâchent, parce que las de chercher à ressembler à ces Janus.
Talato Sîîd Saya
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