Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Focus
 

Coupe du monde 2010

Merci, Afrique du Sud !

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L’Afrique a gagné son pari ! Les afro-pessimistes ont perdu. La nation arc-en-ciel a encore une fois donné l’exemple au continent. Après l’exemple du monument Nelson Mandela, qui fait la fierté du continent, cette réussite de la coupe du monde accroît l’aura et les mérites des Sud-africains. L’Afrique est fière de cette réussite. Merci à la Fifa d’avoir fait confiance au continent. Merci au football d’avoir encore une fois donné le bon exemple. Pendant un mois l’Afrique était à l’honneur, pas pour ses famines, ses guerres, ses dictatures, la corruption, l’impunité... mais pour le football. Le monde s’est donné rendez-vous en Afrique du Sud et le pays de Nelson Mandela a su l’accueillir. Cette coupe du monde, même si l’Afrique n’y a pas brillé au plan de la compétition, doit être un déclic pour une autre administration du football africain, de la Fifa qui ne brille pas par sa gouvernance.

Clouons le bec une dernière fois aux oiseaux de mauvais augure qui prédisaient des crimes, des viols, des embouteillages, des bagarres dans les stades, aux amoureux du football qui s’aventureraient en Afrique du Sud. Aucune de ses prophéties ne s’est réalisée. Ils avaient crié que l’Afrique du Sud ne serait jamais prête, que les stades ne seront pas livrés. Et le pays élu du continent « maudit » a tenu ses promesses, respecté les délais et a donné au football mondial des bijoux architecturaux. Après s’être plaint à l’avance de tout, ils ont vu une à une leurs récriminations s’éteindre d’elles même face à la réalité écrasante du succès. Alors ils ont jeté leur dévolu sur les vuvuzélas, les trompettes des supporters sud-africains qu’ils ont voulu interdire par ethnocentrisme, mais là encore ils ont échoué, et la fête a continué avec les vuvuzélas. 715 millions de téléspectateurs ont choisi de regarder la finale Espagne Pays-Bas. Au total 3,18 millions de spectateurs sont allés dans les stades pour les 64 matchs. Comme on le voit, l’Afrique du Sud n’est pas loin du record établi par les Etats-Unis en 1994 avec 3,59 millions de spectateurs. Elle vient en troisième position après l’Allemagne en 2006 avec 3,36 millions de spectateurs. Au plan économique le pays a connu une croissance de +0,5 selon l’agence Reuters : « C’est la contribution finale de la Coupe du monde au PIB de l’Afrique du Sud. Ces 0,5 points de croissance supplémentaires représentent, en valeur absolue, près de 93 milliards de rands (environ 9,68 milliards d’euros). Près de 16 milliards auront été générés par le tourisme. C’est moins que les 3 points espérés par le gouvernement. » Si on ajoute à cela les infrastructures construites et rénovées, les investissements dans les transports (routes et rails avec un train à très grande vitesse (TGV), la rénovation des aéroports et leur mise aux normes techniques les plus récentes), la sécurité, l’Afrique du sud sort gagnante de sa coupe du monde avec la création de 159 000 emplois, même s’ils sont temporaires à majorité. Un bénéfice non quantifiable est l’union de la nation arc-en-ciel, sa confiance en elle-même et le leadership sur le continent africain que personne ne peut lui contester maintenant. Le voyage fait par 14 chefs d’Etat africains à Johannesburg pour assister à la finale est une preuve que ceux-ci se reconnaissent dans cette victoire sud-africaine et qu’ils témoignent ainsi leur reconnaissance à ce pays. Cette victoire sud-africaine est une victoire du continent. Car si l’Afrique du Sud avait échoué, ce serait à tout le continent que ses ennemis s’en prendraient, moquant son incapacité légendaire à réussir quoi que ce soit. L’Afrique peut être fière de ses footballeurs qui ont beaucoup contribué à une bonne image du continent, par leur talent et leur travail. Le choix de l’Afrique du Sud est dû à l’idole mondiale Nelson Mandela qui a fait campagne pour son pays. Une large brochette de joueurs talentueux du continent s’est engagée pour l’organisation de cette coupe du monde en Afrique du sud. La Fifa a récompensé une nation qui a décidé de s’inscrire dans les valeurs du football en mettant fin à l’apartheid. L’Afrique du Sud est un concentré de symboles sur le continent : symbole de la fin de l’apartheid, symbole de la réussite d’une réconciliation par le triptyque vérité, justice et réconciliation : l’aveu des fautes, la vérité, la justice, la réconciliation, symbole d’une transition réussie par Nelson Mandela qui après 27 ans de prison pour la défense de l’égalité raciale, ne s’est pas accroché au pouvoir, a passé la main après un seul mandat. C’est ce que la Fifa a choisi, a récompensé et elle a eu raison avec le succès à la clé. Il était temps que l’Afrique aussi organise la coupe du monde, depuis 80 ans que la compétition existe. C’est bien que cette fête du football mondial sur le continent coïncide avec le cinquantenaire des indépendances de beaucoup de pays africains. L’Afrique regorge de joueurs de football de talents, dont deux sont parmi les onze joueurs les mieux payés du monde : Samuel Eto’o et Didier Drogba respectivement à 13,8millions d’euro et 13 million d’euro. L’Europe a trouvé là encore une fois un moyen d’exploiter le joueur ébène. Et ces joueurs africains qui ont fait et qui font le beau jeu dans les clubs européens sont légion. Si l’Afrique peut être fière avec l’organisation de cette coupe, on peut lui reprocher de n’être pas représentée dans le dernier carré d’as.

Des entraîneurs africains

Les raisons de l’absence du continent dans les demi-finales sont dues essentiellement à l’intervention du politique dans les affaires du football africain. Lors de cette coupe du monde, la plupart des pays sont venus avec un entraîneur national sauf les pays africains à une exception près, le Nigéria. Pourquoi pouvons-nous avoir des joueurs qui peuvent se qualifier pour la coupe du monde et nous allons chercher des mercenaires européens pour qu’on puisse la gagner ? Le cas du Ghana, la meilleure équipe africaine de ce tournoi est symptomatique. L’équipe du Ghana a l’ossature des Black Satellite champions du monde Fifa U-20, trophée remporté par un entraîneur ghanéen, mais au lieu que cet entraîneur de talent dirige l’équipe sénior, on est allé chercher l’illustre inconnu serbe Milovan Rajevac qui n’a aucun galon. Dans les petites catégories : cadettes, juniors, les équipes africaines brillent avec des entraîneurs africains, mais les politiciens africains qui ne sont pas sûrs d’eux-mêmes, et sont mentalement assujettis aux européens ne font pas confiance aux entraîneurs africains, et imposent aux fédérations de football par l’intermédiaire des hommes liges qui les dirigent, des entraîneurs européens. Pour que les équipes africaines aient un meilleur rendement en Coupe du monde de football, il faut que ce soit entièrement des équipes africaines. Le football est un langage universel, les africains ont aussi une intelligence de jeu, un sens tactique, et des stratégies pour gagner. Tant que l’on ne développera pas notre propre vision du jeu, les équipes africaines ne passeront pas le cap du quart de finale. Cela passe par l’indépendance des fédérations de football. Or ce sont les présidents de la République qui tirent les ficelles pour l’élection des présidents de fédération de football comme au Faso, où Théodore Zambendé est à la tête de la FBF par le fait du prince. Le français Paul le Guen a eu le poste d’entraîneur de l’équipe du Cameroun sur intervention de politiques français et camerounais. Comment expliquer qu’une génération aussi talentueuse que celle des Drogba en Côte d’Ivoire ne gagne rien, si ce n’est à cause des mauvais choix d’entraîneur ? La Côte d’Ivoire a gagné sa seule CAN avec un entraîneur ivoirien, pourquoi la Fédération ivoirienne de football oublie t-elle cela ? On peut nous répliquer que nous n’avons pas assez d’entraîneurs formés, mais qu’attendons-nous pour le faire ? Voilà des tâches qu’un ministère des sports pourrait accomplir au lieu de vendre des tickets d’entrée aux stades comme celui du Burkina. La Fifa est une grosse machine à faire du fric et le football mondial en génère grâce aux droits de diffusion télévisée et les droits marketings. En 2009 « Sur le produit total de USD 1 059 millions, USD 1 022 millions (soit 97%) proviennent des compétitions. La commercialisation des droits de diffusion télévisée (USD 650 millions) et des droits marketings (USD 277 millions) constitue la plus grande source de revenus. » Malgré toute cette masse d’argent, la Fifa n’aide pas les pays organisateurs de la coupe du monde qui n’ont en contrepartie que la vente des billets d’entrée aux stades. C’est vrai que la Fifa réinvestit beaucoup dans le football notamment au profit des 32 fédérations des équipes qualifiées qui repartent toutes à la maison avec 8 millions USD pour les moins méritantes et progressivement de 9, 14, 18, 20, 24 millions selon les phases éliminatoires directes de la finale. L’Espagne qui a décroché la cymbale, empoche 30 millions USD. La Fifa donne 1 million USD à chaque pays pour la préparation. 40 millions pour les clubs des joueurs engagés à la coupe du monde. Tout cela est bien mais un soutien de la Fifa dans la construction des stades dans des pays comme l’Afrique du Sud où la fréquentation des stades lors du championnat local ne pourra pas les remplir, est à exiger. La gouvernance de la Fifa n’est pas irréprochable. Le président Sepp Blatter lors de sa première élection a été accusé de corruption. Il aurait acheté des voix de certains membres de la CAF. De plus, à un moment il n’y aurait pas eu de transparence sur son énorme salaire dont beaucoup de responsables de la Fifa ignoraient le montant. Un scandale de corruption aurait eu lieu avec la société ISL qui gérait les droits de diffusion télé et marketings. Un journaliste d’investigation anglais Andrew Jennings est la bête noire de Sepp Blatter pour son travail sur la Fifa. Sana Guy

L’Indépendant
 

 
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