Dans cet écrit, un citoyen français vivant au Burkina revient sur la présence des ex-colonies françaises d’Afrique à la célébration du 14 juillet en France et dans le cadre des 50 ans d’indépendance de ces pays. Il exprime sa désapprobation sur les comportements de la France. Le surtitre est de L’Indépendant.
Cette année, 14 anciennes colonies françaises fêtent leur indépendance. La France, ancienne puissance colonisatrice s’invite à la fête en célébrant à sa manière : 2010 est déclarée « année de l’Afrique », dont l’objectif est de promouvoir l’histoire officielle d’une décolonisation soi-disant « pacifique » et de dresser un bilan « décomplexé » de 50 ans de relations France-Afrique, en insistant sur ses aspects positifs.
Point culminant des célébrations en France, l’invitation des armées africaines au défilé militaire du 14 juillet. Au nom des liens qui unissent les Français aux Africains, devons nous laisser sans rien dire les Champs Elysées être foulés par les bottes d’armées criminelles comme celles du Congo, du Tchad, de RCA ou du Cameroun ?
En réalité, Nicolas Sarkozy, suppléé par Jacques Toubon dans ce dossier, célèbre 50 ans de liens entre nos dirigeants, des dictateurs, des hommes d’affaires, des militaires français ou africains au service de la France... ou plutôt de certains intérêts français non partagés par le peuple de France. Ce réseau d’amitiés et d’intérêts croisés que l’on appelle FRANçAFRIQUE est par essence opposé à l’émancipation des peuples africains. 50 ans après, il est temps que les Africains se débarrassent du joug néocolonial, et les Français peuvent et doivent jouer un rôle dans cette libération.
Au Burkina Faso, le calme règne en apparence, mais nous ne sommes pas dupes de la colère qui gronde derrière les sourires. Le peuple Burkinabè souffre de voir sa misère côtoyer le luxe de quelques uns, il souffre aussi de devoir mendier l’aide occidentale pour assurer sa subsistance. Pour ajouter à l’humiliation, les grandes puissances, France en tête, jugent leur vie politique et se félicitent de la « bonne gouvernance » comme on congratule un bon élève.
En tant que citoyen français, nous sommes de plus en plus indignés de cette politique africaine menée en notre nom. De plus, le mépris affiché par nos représentants envers les peuples africains se répercute en un rejet -parfois violent- des citoyens français établis ou de passage en Afrique (ex : Côte d’Ivoire en 2004, enlèvements au Sahel, etc.).
Le malaise règne ici comme ailleurs en Afrique francophone, et les Français pourraient en faire les frais. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement français :
La fin du soutien diplomatique et militaire aux dictateurs
La restitution des biens mal acquis (propriétés luxueuses des dirigeants acquises avec de l’argent détourné)
La fin du domaine réservé de l’Elysée et suppression des réseaux de conseillers officieux et l’instauration d’un contrôle parlementaire permanent et effectif sur la politique de la France aux niveaux diplomatique, économique et militaire
L’instauration d’une politique de coopération réellement au service du développement, de la démocratie et des droits humains
Une réforme radicale de la réglementation française sur les activités étrangères des entreprises : transparence fiscale, responsabilité sociale et environnementale des entreprises...
La suspension de la coopération militaire
La reconnaissance des crimes coloniaux et post-coloniaux (massacres en Algérie, au Cameroun, soutien aux génocidaires rwandais, etc.)
La fin du système monétaire colonial du Franc CFA.
Noël Surgé