Pour la deuxième fois depuis sa création, le Collectif contre la vie chère (CCVC) était dans la rue le mercredi 24 février aux côtés des syndicats. En chœur, ils ont crié leur refus de la Taxe pour le développement communal (TDC). Une impressionnante foule est sortie à leur appel tant à Ouagadougou que dans les autres villes du Burkina. Pour la manifestation dans la capitale au moins, le fait notable n’était pas seulement l’impressionnant cortège mais sa composition et tout ce qui a permis sa constitution. Dans les jours qui ont précédé la manifestation, la presse n’a pas été avare en écrits relayant les propos des organisateurs de la manifestation et dénonçant parfois les incommodités de la TDC. Cela a-t-il suffi à faire le nombre des manifestants ? Peut-être. Le fait est que ceux-ci débordaient les catégories de lecteurs de journaux. La présence massive du secteur réputé informel a sans doute renforcé le caractère singulier de cette démonstration de force. Le nombre de boutiques fermées sur le passage du cortège, la quasi fermeture d’un marché aussi grouillant que celui du théâtre populaire sont autant de symptômes de l’élargissement du cercle des marcheurs. Que faut-il en déduire ?
Soit que la République est en passe de perdre un soutien de poids, soit que l’adoption de la TDC touche une partie extrêmement sensible du corps social, a moins que les deux options ne soient toutes possibles à la fois.
Pendant longtemps, le pouvoir a fait du petit peuple citadin une entité acquise à son fonctionnement. A lui, on a distribué casquettes et T-shirts. Il a largement contribué aux marches de soutien aux candidatures. On se rappelle par exemple la marée humaine sur la route de Linas Marcoussis ou du défilé de taxis lors de la présidentielle de 2005. Pareilles opérations semblent aujourd’hui improbables. Les chauffeurs de taxis, après quelques incidents qui les ont opposés à la police municipale, ont trouvé la route de la bourse du travail. Les autres, petits commerçants, employés du secteur informel ont vécu l’incendie de Rood wooko, et les déplacements qui s’en sont suivis. Aujourd’hui ils assistent de plus en plus loin à sa reconversion en cours. Mais surtout, ils réalisent soudain que pour la moindre opération économique il faut être dans la proche parentèle présidentielle ou être des communautés étrangères bien introduites. Ils ont compris qu’ils sont désormais quantité insignifiante dans les préoccupations du pouvoir. Dès lors, les slogans de la Banque Mondiale sur l’auto-emploi, l’initiative individuelle ont perdu tout sens.
Le petit peuple citadin a perdu ses illusions. C’est pour cela qu’il est allé battre le macadam.
Mais il reste que la TDC touche un point extrêmement sensible du corps social. Les quelques limousines, les insultants 4x4 ne suffisent pas à faire illusion. Elles sont comme les lucioles. On les voit surtout parce qu’il fait très noir autour. La réalité est que Ouagadougou comme les autres villes du Burkina Faso sont des lieux de la débrouille en matière de transport.
Si le parc automobile s’est sensiblement élargi, sa qualité reste très douteuse et donc les frais d’entretien considérables. Mais surtout ce parc n’arrive pas à ternir la réputation de pays des deux roues qui colle bien au Burkina Faso. On peut même penser que c’est la vue des nuées de cyclistes et de motocyclistes qui a fait germer dans la tête des messieurs de Bretton Woods l’idée d’en faire une mine à taxes. Mais il s’agit d’un malheureux calcul. En l’absence d’une quelconque politique de transport, le choix du mode de locomotion dans ce pays est un non-choix vécu avec résignation. L’assaisonner de taxes peut conduire à des actes de désespoir.
En tout, le 24 février est à marquer d’une pierre blanche. En pleine période de pré-campagne, alors que les slogans fleurissent déjà et que l’argent facile commence à circuler, une si forte mobilisation est venue troubler le tempérament des marcheurs et affaiblir la certitude des hommes de décision. C’est dire que le fossé s’est un peu plus creusé entre la rue et les palais.
L’Indépendant