Numéro 886 du mardi 31 août 2010
01 BP 5663 ouagadougou 01
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Editorial
 



Inutile débat

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Le Cadre de concertation des partis politiques de l’opposition (CPO) a tenu sa première conférence de presse de l’année 2010 le 22 janvier. Au centre de ses préoccupations arrivait en bonne place, sinon en tête, la modification possible de la Constitution, notamment en son article 37, celle qui limite le nombre des mandats présidentiels à deux. Deux jours avant, le PDP/PS s’était prononcé aussi contre une éventuelle révision de l’article 37. Avant lui encore, le MBDHP en avait fait autant, tout comme la presse dans sa très grande majorité. Le débat a ainsi gagné l’ensemble de l’opinion. Malheureusement il faut croire que celui-ci arrive en retard, ou qu’il est peut-être inutile ou les deux à la fois. Le débat arriverait trop tard. Lorsqu’on examine l’ensemble des réactions, on s’aperçoit que personne parmi les protestataires ne propose un mode d’action contre l’éventualité de la révision annoncée ou une forme de réponse si elle venait à être effective. Tout se passe comme si chacun était acquis à l’idée que la révision constitutionnelle est inéluctable. Les protestations dans ces conditions sacrifient juste à un principe, histoire d’avoir la conscience tranquille. Le pouvoir n’est pas étranger à cet état d’esprit général. Il a distillé à faible doses et parfois de manière inattendue, l’idée que cette Constitution devait être révisée tôt ou tard. Il en est ainsi de la sortie médiatique du bras droit du Président Blaise Compaoré, Salif Diallo. En son temps L’Indépendant avait pris du recul face à la cohue générale qui a parlé de disgrâce de l’ambassadeur du Burkina à Vienne. Aujourd’hui on s’aperçoit que son parti qui a fait mine de le sanctionner, rejoint ses positions jugées alors blâmables. Mais l’entracte aura suffit à lever un courant de sympathie pour le compte d’une personne supposée victime d’une injustice. Dans le même temps, le CDP a bénéficié d’un test grandeur nature de l’effet que produirait l’annonce le moment venu de cette modification de la loi fondamentale. En l’occurrence cela a permis de comprendre que la voie référendaire serait un recours risqué. Alors on a lancé dans le jeu l’enfant putatif du CDP, l’ADF/RDA. En rejoignant les rangs de la majorité où il avait déjà plus qu’un pied, ce parti donne à la majorité présidentielle le confort nécessaire pour faire passer son projet par voie parlementaire. Là aussi la chose a été testée à travers la réforme du code électoral. Devant l’Assemblée, le projet de loi du ministre de l’Administration territoriale a été voté à 83 voix pour ; 9 contre et 0 abstention. Un vote ne peut être plus claire. Désormais il existe au parlement une majorité de plus de 75%. C’est-à-dire le nécessaire pour procéder à une réforme de la Constitution sans passer par la consultation populaire. Mais surtout, il n’y a plus d’hésitation dans les rangs, ce que traduit l’absence d’abstention. Le dispositif est en place et sera conforme à la Constitution. Mais même dans son principe, le débat actuel est inutile voire nocif. Il est à peine imaginable qu’un pouvoir qui est venu aux affaires par les moyens que l’on sait, et qui se maintient par ces mêmes moyens à peine déguisés puisse se laisser divertir dans son envie de continuité par un bout de papier au fond d’une urne. Dès l’installation de la première mandature de l’Assemblé nationale, un député avait déclaré en substance à la presse que la IVe République c’est le Front populaire avec une Constitution. Il n’a pas été démenti en son temps. Mieux, les faits illustrent de plus en plus cette affirmation. Après son installation, la IVe République n’a marqué qu’un seul recul. C’était lors de la crise de 1998. À cette seule occasion elle a lâché du lest parce que la dictée lui avait été faite par la rue. Depuis, elle en a tiré les leçons. En grignotant insensiblement ceux qu’elle avait attirés dans ses institutions, elle a fait des députés de l’opposition un petit compagnonnage de faire-valoir au sein duquel les seuls survivants sont les premiers conscients que leur existence dans tous les sens du terme tient désormais à leur présence à l’Assemblée. Ils s’y accrochent de toutes leurs forces comme le naufragé à la planche flottante. Ils n’ont plus d’yeux que pour leur mandat. Pour le reste appuyé par certaines ONG distributrices de revenus, la IVe République a fait des syndicats, associations et mouvements qui ont gouverné par la rue en 1998, des experts en plaidoyer, montages de projets, leveurs de fonds, qui n’ont plus le temps pour aller battre le macadam. Dès lors leurs déclarations publiées désormais par voie de presse, peuvent se multiplier sans émouvoir la démocratie. Mieux encore, la profusion de déclarations sans alternative précise, conforte le pays et ses gouvernants aux yeux de la « communauté internationale » qui ne demande que cela. C’est peut-être là la seule utilité du débat actuel. Mais alors on voit bien à qui va le bénéfice. Pour ce qui serait du débat démocratique, celui qui se mène actuellement est inutile. La réforme de la Constitution viendra.

L’Indépendant

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