Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Point de mire
 

DG médiocres

La fin des sursis 

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Le Premier ministre Tertius Zongo avait toujours sorti son projet d’appel à candidatures pour la nomination des Directeurs généraux des sociétés d’Etat face à ceux qui soulevaient les questions relatives à l’inamovibilité de Directeurs généraux qui se révèlent d’année en année incapables de diriger avec efficacité les sociétés d’Etat. Le décret qui le consacre est enfin là. Le Conseil des ministres du 27 janvier dernier a adopté un décret portant création, composition, attributions et fonctionnement du comité interministériel de sélection des candidats au poste de Directeur général des établissements publics de l’Etat et des sociétés à participation majoritaire de l’Etat. L’on s’attend forcément à un nettoyage.

Ces derniers temps, disons sous Tertius Zongo, les Burkinabè se sont sentis désabusés. Il y a un fossé entre le discours et la réalité. L’exemple le plus frappant a eu lieu en juin 2009 à la faveur de l’assemblée générale des sociétés d’Etat. Une société comme la SONABHY qui règne sans partage sur le secteur des hydrocarbures et qui avec l’aide de l’Etat manipule à volonté les prix des hydrocarbures à la pompe est au bord de la banqueroute. La suite des évènements révèle que les comptes de la SONABHY sont au rouge dans les différentes banques de la place. Les fournisseurs ne veulent plus livrer s’ils ne sont pas payés. La nationale des hydrocarbures est-elle donc insolvable ? Voilà une société excédentaire de plus de 15 milliards de francs CFA en 2007 qui passe au rouge en 2009 avec un trou de plus d’une trentaine de milliards. Que s’est-il passé entre-temps ? Crise financière internationale ? C’est l’argument auquel s’étaient accrochés nombre de dirigeants de société d’Etat. Le Premier ministre tout en reconnaissant les entraves liées à la crise financière, avait refusé de croire que cette dernière soit la seule cause de ces contre-performances. Pour lui, les dirigeants des sociétés d’Etat devaient se montrer ingénieux et avoir des capacités d’anticipation. Il appelait déjà ceux qui ne pouvaient pas se prévaloir de ces qualités à laisser la place aux autres. Le problème, c’est qu’il parlait et les dirigeants étaient toujours là. A ceux qui s’impatientaient Tertius Zongo opposait son projet d’appel à candidatures pour la nomination des Directeurs généraux. Le projet était attendu depuis belle lurette. Nombre de Burkinabè y voyaient la solution à ce qui constitue la mal gouvernance de nos entreprises. Le poste de Directeur général ou assimilé est désormais soumis à un appel public à candidatures avec un cahier de charges comprenant les critères de sélection. Un comité interministériel placé sous la présidence du Premier ministère sera chargé du recrutement des Directeurs généraux. Le ministère de tutelle technique de la structure concernée déterminera les critères spécifiques du poste à pourvoir. La nomination en Conseil des ministres du Directeur général sélectionné sera assortie d’un contrat d’objectifs. L’incidence de l’adoption d’une telle mesure ne peut être que la mise à concurrence de tous les postes de Directeurs généraux des sociétés d’Etat. L’on ne peut qu’applaudir une telle mesure. Son adoption ne peut qu’ouvrir la voie au remplacement de ceux qu’on se lassait de voir en dépit de leur incapacité à résoudre certains problèmes. Rares sont les sociétés d’Etat qui n’ont pas été épinglées par la Cour des comptes ces dernières années. La SONABEL l’a été déjà dans le rapport 2006. Le nom de l’ONEA figure dans le dernier, même s’il faut noter que partout les responsabilités n’ont pas les mêmes visages. Pour ce qui concerne la SONABEL, en plus de se retrouver dans le rapport 2006 de la Cour des comptes, elle se montre incapable de fournir régulièrement de l’électricité aux Burkinabè. L’immobilisme des dirigeants n’est sans doute pas étranger à cette situation. Mais le peuple peine et les dirigeants sont toujours là. Dans le même temps, l’on ne peut que s’étonner de voir que dans le fond, elle ne résout pas le problème de la mal gouvernance de nos entreprises. Finalement, tout se tranche dans une sphère de politiciens.

Prudence, la mesure seule n’est pas la panacée

C’est vrai que nous saluons la venue de la nouvelle mesure de désignation des DG et membres des Conseils d’administration des sociétés. Mais nous restons prudent. On sait déjà comment la saine concurrence est étouffée dans le domaine des attributions des marchés publics et dans leur exécution. Au fond, à part l’appel à candidatures, rien ne change. Si on applique cette nouvelle mesure à la logique des marchés publics, l’on verra qu’il faut que le gouvernement aille un peu plus loin. Pour recruter un prestataire, l’Etat lance un appel d’offres. Les soumissionnaires envoient des offres. A l’issue du processus, un prestataire est choisi. Le plus souvent, c’est en Conseil des ministres. Généralement ces marchés sont mal exécutés. L’Etat doit joindre d’autres acteurs ou le processus de sélection des Directeurs généraux pour le rendre beaucoup plus crédible. Sans cela, on risque de s’installer dans un jeu de dupes. Les mêmes personnes sont juges et acteurs. Les postes de Directeurs généraux des sociétés d’Etat risquent de demeurer des repaires d’amis. Dans le processus, il ne faut pas oublier le personnel. Et même pour cela, il faut accélérer les élections syndicales. Il s’agira de donner plus de poids au syndicat majoritaire afin que celui-ci puisse jouer le rôle de contre-pouvoir.

Aziz Vincent LEGMA

L’Indépendant
 

 
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