Numéro 886 du mardi 31 août 2010
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Focus
 

CDP

Un vaste champ de contradictions

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L’année 2010 sera à n’en pas douter marquée dans l’histoire politique du Burkina Faso. L’élection présidentielle à venir, devrait permettre au pouvoir en place de confirmer sa force réelle. A coté des manœuvres consistant à modifier la Constitution du Burkina notamment son article 37, cette année offrira également l’occasion de se faire une idée plus nette de ce que bien de gens ont nommé ici, « le sacrifice pascal de Blaise Compaoré ». Le départ de Salif Diallo du gouvernement ayant été interprété de diverses manières par les analystes et les observateurs politiques de tout bord. A ce qu’il semble, Gorba serait entrain de préparer son retour dans le sillage du chef de l’Etat par la grande porte. Un retour qui devrait, si cela se confirme, faire de Salif le gagnant d’un jeu de « qui perd gagne ».

En effet, peu de gens avait toujours la conviction que Salif Diallo reviendrait un jour ou l’autre en force dans le sillage du Président du Faso. Nous avions à une certaine époque fait la même analyse. Mais le cours actuel des évènements nous amène à penser que tout n’était certainement pas fini pour lui. Il se susurre et cela avec insistance que Salif Diallo serait en pôle position pour encore assurer la direction de la campagne présidentielle de novembre prochain. Ceux par contre qui avaient toujours le courage de parler de ce retour n’osaient le dire tout haut. Du moins pas ceux du CDP car cela aurait été perçu comme un crime de lèse-majesté. Combien sont-ils ces bonzes du CDP qui n’ont pas eu le courage nécessaire de donner leur point de vue exact sur les déclarations de Salif Diallo ? Difficile d’y répondre. En fait c’est plutôt par un profond silence sur la question qu’ils se feront remarquer. Le parti au pouvoir ayant montré qu’il ne tolerait pas certaines prises de position. Une intransigeance qui aurait pu coûter à Salif Diallo son exclusion définitive du parti. Le parti au pouvoir avait voulu montrer qu’il ne lésinait pas sur les questions de discipline en son sein. Plus que le fait de donner son point de vue sans en référer au parti, c’est le contenu de la déclaration de Salif Diallo qui lui avait valu le courroux de ses camarades. A travers tout le remue-ménage constaté après la sortie de Salif, on a eu l’impression que tout débat sur des réformes institutionnelles dans notre pays était tabou, exclu de toute conversation. Et pourtant, le débat qui accapare les leaders du CDP ces derniers temps est moins la stratégie à mettre en place pour remporter les prochaines élections mais plutôt la question de la révision constitutionnelle (notamment en son article 37). Il ne se passe pas une semaine sans que certains cadres de ce parti tentent de nous faire voir le bien fondé d’une telle réforme. Sans faire offense à l’honorable Mahama Sawadogo, nous dirons que le CDP affiche ainsi son manque de vision politique pour le Burkina Faso.

Salif Diallo, et les contradictions au sein du CDP

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on ne saurait lui renier le fait d’être une vraie bête de la scène politique nationale. En fin stratège, il a toujours su tirer sur lui la couverture lorsque la tempête soufflait sur le navire. Il apparait aujourd’hui aux yeux de bon nombre d’observateurs politiques comme le « monsieur coup bas » de la IVe République. Il ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Son départ du gouvernement et ensuite pour Vienne visait donc un autre intérêt que celui de le casser politiquement. Dans certains milieux, il se murmure que ce départ avait pour but de mettre la pression sur les opérateurs économiques qu’il chapeautait afin que ces derniers paient leurs taxes. Le laisser dans le sillage du Premier ministre aurait de ce fait fragilisé ce dernier. L’objectif ultime du Président du Faso était donc de conforter Tertius Zongo dans son ambition de lutter contre l’évasion fiscale qui sévit dans notre pays. Salif Diallo devait donc servir comme l’agneau du sacrifice. Le moins que l’on puisse dire de ce point de vue, est que si tel est le cas, Salif Diallo aura bien joué son rôle, et cela à merveille. Il aura montré également sa capacité à porter haut les aspirations de son chef. C’est vrai que son départ du gouvernement a pu laisser plus d’espace à ceux qu’il qualifiait de « pompeurs d’air ». Ce faisant, toute éventualité de son retour est perçue comme un cataclysme pour ces derniers. Et c’est pour bien pour cela que certains de ses camarades n’avaient pas hésité à vouloir le débarquer du navire. C’est comme si ce dernier transmettait la peste. Le CDP avait laissé voir au grand jour les antagonismes et les contradictions qui couvaient en son sein. Ce n’est pas des hommes comme Yao Marc et autre Pierre Tapsoba qui nous en dirons le contraire, eux qui avaient eu le malheur de dire que bien de choses pas démocratiques se passaient dans le méga parti de Rock Marc Kaboré. Lors du discours de présentation de vœux au peuple, le chef de l’Etat avait en personne appelé à des réformes profondes et indispensables à l’enracinement de la démocratie dans notre pays. De la part du chef de l’Etat, tout est pourtant bien dit. Pourquoi donc le CDP serait-il lui contre toute idée de réformes profondes dans notre pays ? Tout le monde au Burkina est aujourd’hui conscient de la nécessité des réformes politiques et institutionnelles profondes, sauf le CDP. Et ce n’est pas pour faire mentir ceux qui disent qu’au CDP, le quotidien rime toujours avec une seule chose : Comment se faire voir auprès du Chef ?

Clovis Ferrand

L’Indépendant
 

 
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