Numéro 886 du mardi 31 août 2010
01 BP 5663 ouagadougou 01
Tél : (226) 50 33 3775
 
 
 
Point de mire
 

Actes de démolition

La saga des vertueux

Erreur : filtre « justifier » non défini (...)

Pour sûr, l’heure des affaires sonne pour fort au Burkina. Ou du moins, une nouvelle heure a sonné. Sur les ruines des zones déclarées inondables par décret, le maître d’œuvre des démolitions escompte déjà un « nouveau Ouaga 2000 » (voir Le pays du mercredi 11 novembre, p9). C’est une constante que dans ce pays, lorsque l’autorité se hâte, elle n’a pas en vue l’intérêt de la population, mais les siens propres. Elle court au risque de tout brader. Dans cette histoire, le sort des populations concernées intéresse très peu le gouvernement. Pour lui, il va juste récupérer ce qu’il escomptait depuis longtemps. Pendant que les populations des zones concernées seront parquées dans des réserves loin de Ouagadougou, le gouvernement s’attellera à trouver des preneurs pour les terres sur lesquelles elles ont été chassées. Et la vision de Dabilgou Vincent, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme est claire. Dans le même journal, il affirme, « On va demander à ceux qui vont construire là-bas de bien monter comme si c’était sur des pilotis et on devrait aussi avoir plusieurs niveaux. C’est dire que tout au long des canaux va se développer un autre type d’habitats qu’on appellera la nouvelle balise urbaine. » Il le dit sans détour. Il se donne tout de même la peine d’évoquer les « HLM », même si l’on sait que ce n’est nullement une priorité ni pour ce gouvernement, ni pour ce régime. La spéculation sur les parcelles s’ouvre pour ceux qui ont déjà tant accumulé de parcelles. Les habitués des affaires de parcelles vont reprendre du service. Certains élus locaux vont encore changer de fonction. Ils deviendront pour l’occasion des agents immobiliers patentés. La politique du gouvernement vis-à-vis des sinistrés est cynique. Il leur propose un schéma de vie de nouveaux squats, avec leurs lots d’insalubrité, d’insécurité. Dès que chacun de ceux qui y ont droit entrera en possession de sa parcelle, de sa tonne et demie de ciment, les 20 tôles et la somme de 50 000 F CFA, un autre calvaire va commencer. Il faut maintenant construire concrètement. Et là, il faut craindre le retour du cycle qui conduit le plus souvent à l’extension des zones non loties. Ceux qui reçoivent des parcelles et qui n’arriveront pas à les valoriser, les revendront simplement et pour fonder un nouveau squat. Cette fois ci, en plus de l’argent de la parcelle, il y aura la tonne de ciment à vendre. Il semble que le gouvernement a perdu une chose de vue. Ceux qui sont dans les zones non loties sont généralement les plus pauvres. Il est donc plus question de déplacer un problème que de proposer une solution. L’art de fuir ses responsabilités C’est le moins que l’on puisse dire. En un temps record, le gouvernement a inversé la logique des choses. Il joue le beau rôle et les sinistrés constituent la cible à abattre. On en arrive à oublier que le seul responsable de cette catastrophe, c’est le gouvernement (il peut accuser Dieu s’il le veut). Dans un silence coupable, il a laissé des maires d’arrondissement masser les populations dans les no man’s land, ces zones inondables. Les populations vivent le calvaire, puis après, ils se réservent les plus gros lots. Ceux qui après de longues années d’attente n’ont été attributaires d’aucun des dizaines de milliers de terrains lotis vont créer une autre zone. Ils sont aussitôt rejoints par ceux qui ont vendu leurs parcelles. Les maires font le reste. Ils cultivent à la limite ces zones de non-droit. Au lotissement, ils ne se gênent pas, sûrs qu’ils auront des rallonges pour satisfaire ceux qui n’ont rien eu auparavant. Ainsi se tisse la toile entre zones non loties et affairisme des élus locaux. Sur un autre plan, en 50 ans, les autorités par manque de vision ont construit moins de canaux d’évacuation des eaux de pluies. L’acharnement sur les populations sinistrées est incompréhensible. L’attitude du gouvernement est ridicule, quand il essaie de présenter l’aide aux sinistrés comme de l’inédit, de l’exclusivité, le résultat d’un effort inouï. Quand on a demandé de l’aide à ses propres populations, à la communauté internationale, c’est bien pour l’employer quelque part. La tournure que prend la politique du gouvernement vis-à-vis des sinistrés fait que l’aide est devenue un gâchis. C’est vrai que les comptes restent à faire, mais on ne demande pas 70 milliards à la communauté internationale pour se rendre immédiatement compte après que l’on a des matériaux locaux à promouvoir. Actuellement, l’offre du gouvernement est bonne à prendre pour beaucoup, mais ce n’est pas la solution. Et c’est une erreur que de s’aligner sur un fantasme « républicain ». Le gouvernement a l’habitude de lotir des zones sans les viabiliser. Dix ans après certains lotissements, il n’y a pas de mise en valeur en matière de travaux publics. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ce soit l’Eldorado là-bas. La seule justice, c’est de maintenir les sinistrés sur leurs terres. Il faut auparavant les viabiliser. Ce nouveau Ouaga 2000 dont parle le ministre, les sinistrés en sont aussi dignes. Et il est temps de barrer la route à cette nouvelle arnaque sur fond de « bonne foi » qui se met en marche lentement, mais sûrement. Il ne faut pas se laisser berner par les habits et le discours de prophète dont se revêt le gouvernement. Aziz Vincent LEGMA

L’Indépendant
 

 
Médiation avec AQMI
Kosyam dîne t-il avec le diable ?
 
Un trou de près de 300 millions à l’hôpital de Bobo
Sanou Souro dans la tourmente et les auteurs tranquilles
 
Pénurie et hausse des prix des produits
Il y a les explications. Quid des solutions ?
 
Pr Augustin Loada, Directeur exécutif du CGD
« Dans quel royaume africain a-t-on vu un chef changer les règles constitutionnelles à sa guise comme on le voit aujourd’hui dans notre pays ? »
 
Une sombre affaire de lotissement à Zékounga I
Les habitansts pris dans un piège accusent le gouverneur du Centre
 
Conception & réalisation ZCP L'Indépendant © 2004