Numéro 886 du mardi 31 août 2010
01 BP 5663 ouagadougou 01
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Point de mire
 

Roodwoko

La renaissance qui tarde à venir

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Tout est-il pour autant résolu ? On peut en douter. Comme nous l’avons déjà dit, la clientèle originelle de Roodwoko a disparu, dispersée par la politique de reconstruction du cœur historique de Ouagadougou. Les petites vendeuses de légumes, gombo, piment et fè-fè à 25 f vont être de plus en plus à l’étroit dans cette place dont elles ont fait la réputation. Des sources proches de la mairie conviennent qu’il faut spécialiser le marché, le mettre à un standing au-dessus des marchés de quartiers. Les efforts actuels tendent à le faire comprendre aux intéressés. Trois questions resteront posées. Pourquoi avoir laissé revenir après la reconstruction tous les petits vendeurs alors même qu’il était désormais acquis que leur place n’était plus au marché ? Cette question interpelle la gestion du marché telle qu’elle a été conduite depuis sa construction jusqu’à l’incendie qui l’a ravagé. La réponse ne laisse pas place à beaucoup de doute. La municipalité, en voulant faire du marché central une place forte du parti au pouvoir à la mairie de Ouagadougou a laissé s’installer la chienlit et peut-être a contribué à l’organiser. On se rappelle en effet que lors des périodes chaudes qui ont suivi l’incendie, des commerçants installés hors des zones convenues ont pu brandir des titres revêtus des insignes de la mairie centrale. Cette politique avait conduit les responsables municipaux dans une impasse d’où les flammes sont venues les en sortir. La deuxième question a trait à la fonctionnalité du marché actuel face à sa nouvelle destination. Tous ceux qui ont pu visiter Roodwoko depuis sa réouverture ont pu mesurer l’exiguïté des boxes. Si le marché est amené à changer de standing, est-on sûr que les emplacements actuels soient en mesure de contenter le nouveau genre de clients attendus ? La personne qui aura laissé un gros 4/4 sur les parkings en construction sera-t-il réellement disposé à jouer les contorsionnistes pour toucher sa marchandise favorite ? Ce n’est pas si sûr. Dès lors et pour lui faire plaisir, quelques personnes bien introduites risquent d’agrandir leur acquisition au détriment des petits qui bientôt n’auront plus rien à faire dans ce marché. Cela en soi ne pose pas de problème a priori à condition que ne se constitue ainsi un clan tenté de dicter sa loi à l’ensemble du marché. Enfin, nos dirigeants annoncent à longueur de discours l’avènement d’une économie émergente. La réalité elle, est tout autre. Dans les faits, nous ne produisons plus rien. Il faut alors savoir qu’est-ce qu’on entend vendre dans le Roodwoko nouveau cru. Seul l’artisanat reste la dernière marque de manufacture burkinabè. Nous-mêmes, pensons quelques fois qu’il serait la planche de salut du marché central. Les touristes en feraient un lieu de passage obligé lors de leurs séjours dans la capitale. Mais alors ! Du bronze, du batik, du cuir et autres babioles du genre à Roodwoko ne serait-il pas faire un croc en jambe au CENAA, à la Vitrine du bronze ou au Village artisanal de Ouagadougou ? Autant dire que la mairie de Ouagadougou se tirerait une balle dans le pied. Or en dehors de ce schéma, tout appel à la production manufacturée reviendrait à transformer le marché millénaire en bazar chinois. Et alors ce sera à lui de porter le poids de la concurrence des nombreuses boutiques qui se construisent sur ses flancs. Bref, on le voit, la question du marché central demeure une épine dans le pied de nos responsables. Elle témoigne à sa manière des improvisations inopinées qui font office de politique d’urbanisation. L’anarchie est certes vaincue à Roodwoko, mais peut-être faut-il chercher dès à présent se mettre à la recherche d’un nom qui parlerait mieux de cet statut qui peine à venir.

Pascal Kaboré

L’Indépendant
 

 
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