La sentence est tombée : le premier tour de l’élection présidentielle ivoirienne n’aura pas lieu le 29 novembre comme prévu initialement. Depuis longtemps, on s’en doutait bien. Ce qu’on attendait moins, ce sont les prises de positions qui arrivent en même temps que la décision du report. Dans la même lancée en effet, l’ONU a reconduit l’embargo sur les armes en direction de la Côte-d’Ivoire, prolongé le mandat de l’ONUCI ainsi que l’accord sur la présence de la force française Licorne jusqu’en 2010.
L’ONU a publié surtout en date du 27 octobre un rapport sur la situation en Côte-d’Ivoire. Et pour couronner le tout, les autorités françaises n’ont pas manqué de tancer à haute voix les acteurs de la crise. Le secrétaire d’Etat à la Coopération a déclaré sur les ondes de Radio France Internationale (RFI) que son pays tolèrerait un report d’une à deux semaines des élections « pour des raisons techniques » mais pas plus. Visiblement, il n’a pas été entendu et n’est pas près de l’être puisque la consultation a été reportée sine die. Visiblement, la Communauté semble-t-il internationale n’est pas contente de ses amis à qui elle a confié la gestion du dossier ivoirien. Parmi ceux-ci, il y a le facilitateur. Les flèches décochées contre la lenteur des choses en Côte-d’Ivoire lui sont particulièrement destinées. On s’en convainc en lisant le rapport du 27 octobre. La seule note de satisfaction visible à travers les formules diplomatiques et dont se félicite les auteurs du rapport est la cessation des hostilités. Accessoirement, la réunification de principe du pays après la suppression de la ligne de confiance est mentionnée comme encourageante. Le reste du texte est d’un pessimisme à couper au couteau. Et le pays du facilitateur n’y tient pas un beau rôle.
On apprend ainsi que les forces belligérantes ivoiriennes sont à nouveau en train de s’armer dans la perspective d’une reprise des hostilités. Qu’une nouvelle force armée vient de voir le jour au sud de la Côte-d’Ivoire sous l’instigation du PDCI de Henri Konan Bédié. Ce qui fait de la braise en plus. Mais surtout un certain pays du nord de la Côte-d’Ivoire est à nouveau montré du doigt comme zone de transit des armes destinées aux foyers de tension. Philippe Bollopion, un journaliste du Monde, le très sérieux quotidien français est plus tranché encore. Dans ce pays nordiste écrit-il, existeraient des hommes qui se sont enrichis et s’enrichissent encore avec les trafics nés du conflit ivoirien tels que ceux du cacao, du coton, des hydrocarbures, de l’or et bien sûr des armes. Ces personnes proclament le journaliste n’ont pas intérêt à ce que leur commerce s’arrête.
Il prend la peine de souligner que le rapport de l’ONU ne mentionne pas le Président Blaise Compaoré ni aucun pays. Toutefois insiste-t-il, l’ampleur du trafic est tel qu’il ne peut se passer de la complicité d’un Etat.
Le journal publie par ailleurs un sibyllin encadré dans lequel il indique que l’or, le diamant extraits dans les zones sous commandement des rebelles dans le nord de la Côte-d’Ivoire sont vendus à des pays comme Israël à travers des pays voisin, exemple : la Guinée. Le hasard veut que le facilitateur de la crise ivoirienne soit le même que celui qui doit ramener la paix en Guinée. Des sources proches du dossier lâchent des noms.
Le Monde note également que les forces armées nationales ivoiriennes se sont considérablement réarmées. Elles seraient mêmes surarmées. Le chef de l’Etat ivoirien attendrait surtout que les forces nouvelles implosent dans les rivalités entre chefs qui minent leurs rangs.
En somme, personne n’est pressé que la crise voie son terme. Hormis les populations laborieuses. Mais c’est surtout la situation du facilitateur qui n’est pas du tout confortable. Bien de regards doivent se tourner lui.
Au début de la crise, un soin particulier était mis pour en parler au Burkina Faso. Le terme crise ivoiro-ivoirienne avait été forgé pour la circonstance.
Les vents semble-t-il sont en train de changer. Très probablement, les langues se déliant, et peut-être la communauté réputée internationale se lassant du cirque, il va falloir bientôt réfléchir pour trouver d’autres expressions.
Patrick Tiendrébeogo